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Santé mentale en entreprise : prêt à passer du révélateur désigné coupable à l'acteur santé de ses salariés ?

Selon l'Organisation mondiale de la santé, une personne sur quatre est confrontée à des troubles de sa santé mentale au cours de sa vie.

Depuis 7 ans, les Français ont enchaîné les expériences psychologiques extrêmes comme autant d'atteintes sévères aux valeurs fondatrices de leur Liberté-Égalité-Fraternité : attentats terroristes répétés en 2015, fracture sociale des gilets jaunes en 2018, pandémie mondiale et premiers confinements en 2020, jusqu'à la menace d'une troisième guerre mondiale en 2022…

Longtemps solides, les râleurs gaulois épicuriens mettent aujourd'hui un genou à terre : leur santé mentale se détériore, au travail encore plus qu'ailleurs.

Le phénomène est même planétaire : l'OMS a tiré le signal d'alarme le 22 juillet 2021 — la pandémie de Covid-19 aura un impact « à long terme et d'une grande portée » sur la santé mentale. À l'échelle nationale, une enquête de Santé publique France (décembre 2021) a révélé à quel point la santé mentale des Français avait décliné : 18 % présenteraient des signes de troubles dépressifs et 23 % un état anxieux, soit respectivement 8 et 9 points de plus qu'avant l'épidémie.

Managers et DRH en première ligne

Contrôle excessif, perte de sens dans ses missions professionnelles, e-réunionite et perte d'ancrage physique du collectif au bureau… Managers et DRH se sont retrouvés très exposés. Le nombre de collaborateurs en arrêt de travail a augmenté de 30 % entre janvier et mai 2021, selon Malakoff Humanis. En 2020, le taux d'absentéisme a bondi de 20 % par rapport à 2019. Pis, d'après la Dares, les démissions ont explosé en 2021 par rapport à 2019 : de +10 % à +20 % selon la taille de l'entreprise.

Si la santé mentale en entreprise gagne en visibilité, le sujet reste tabou : selon l'enquête OpinionWay pour Psychodon, 76 % des collaborateurs considèrent que leur employeur est responsable de la santé mentale de ses salariés, alors que 73 % des salariés sont convaincus qu'évoquer leur trouble psychique embarrasserait leur management (85 % en Île-de-France). Les directions des ressources humaines peinent encore à définir le rôle de l'entreprise et à trouver des solutions concrètes de prévention et d'accompagnement. Ils attendent souvent qu'il soit trop tard avant de se manifester.

Faire de la santé mentale un facteur d'attraction de la marque employeur

Certains se saisissent du sujet et agissent pour faire de l'entreprise — autrefois dénoncée comme révélatrice, voire cause des troubles psychologiques — un espace acteur de la santé mentale de ses salariés.

Et cela tombe bien : le bouleversement du monde du travail, accéléré par la pandémie, a révélé de nouvelles attentes des salariés. 76 % d'entre eux souhaitent que leur employeur agisse pour leur santé mentale, et l'accès à un accompagnement psychologique est même devenu un critère de sélection des talents de la génération Z : 60 % le prennent en compte dans leur choix d'un employeur.

Des initiatives qui ouvrent la voie

Coaching personnalisé, individuel et confidentiel. Pour accompagner ses collaborateurs et les aider à gérer leur stress, le groupe pharmaceutique Baxter a mis en place une ligne d'écoute avec une plateforme d'auto-évaluation, des fiches conseils et des conférences. « Il faut donner du sens aux collaborateurs tout en leur permettant de se préserver, de rester efficaces », explique Mélanie Lidzborski, DRH France du groupe. L'entreprise propose depuis début 2021 des accompagnements personnalisés sous forme de coaching.

Téléconsultations gratuites avec un psychologue. Roche Diabetes Care France a créé des espaces de discussion, une permanence téléphonique avec un psychologue et une plateforme digitale « Live Well ».

Des start-ups dédiées. AlanMind mise sur « l'entreprise de demain, championne de la santé mentale » ; Holivia propose une culture positive et holistique du bien-être en entreprise ; Icas veut faire de la prévention des risques psychosociaux un acte de management bienveillant.

L'état des lieux en chiffres

Selon l'enquête CoviPrev (février 2022) : 70 % des personnes interrogées déclarent des problèmes de sommeil, 23 % d'anxiété, 17 % de dépression et 10 % ont eu des pensées suicidaires au cours de l'année 2021 — deux fois plus qu'avant le Covid-19. Les plus jeunes, les femmes et les personnes précaires sont les plus touchés.

En dépit de cette large prévalence, 40 à 60 % des personnes concernées ne sont pas prises en charge, selon la Mutualité française. Il s'agit pourtant de la catégorie de pathologies au coût le plus élevé pour l'Assurance-maladie — et les troubles psychiques sont intimement liés aux autres maladies : les personnes dépressives ont par exemple 30 % de chances en moins d'être en bonne santé cardiovasculaire, note l'Inserm.

La santé mentale est un sujet sensible : si vous traversez vous-même une période difficile, parlez-en à un professionnel de santé.

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